|
Auschwitz, Joseph Mengele, chambre à gaz, camps d'extermination... Tout le monde connait la fin du régime nazis. Mais qu'en est il de l'allié japonais en Asie?
 |
Les crimes de guerre japonais sont peu médiatisés en Europe, probablement à cause de la loi morts-distance qui veut que l'on s'interesse à ce qui se passe chez nous et que l'on occulte ce qui se passez chez les autres. Les historiens et les gouvernements de nombreux pays ont considéré officiellement l’Armée impériale japonaise et la Marine impériale japonaise comme les responsables des tueries et autres crimes commis à l’encontre de plusieurs millions de civil et de prisonniers de guerre. Selon R. J. Rummel, professeur de sciences politiques à l’Université de Hawaii, entre 1937 et 1945, les Japonais ont tué entre 3 000 000 et | 10 000 000 de personnes, vraisemblablement 6 000 000 de Chinois, d’Indonésiens, de Coréens, de Philippins et d’Indochinois entre autres, y compris des prisonniers de guerre occidentaux. Rummel soutient que, pour la seule Chine, les conséquences directes de l’invasion furent qu’entre 1937 et 1945 .approximativement 3,9 millions de Chinois, essentiellement des civils, furent directement exterminés par les politiques du régime shôwa et 10,2 millions civils périrent des causes indirectes liés à l'invasion. L’incident le plus connu celui du massacre de Nankin en 1937-38 lorsque ou l’armée japonaise a massacré 260 000 civils et prisonniers de guerre.
En 1931 l'unité 731 est crée. C'eest une unité militaire de recherche bactériologique de l'Armée impériale japonaise. Officiellement elle se consacrait à la prévention des épidémies et la purification de l'eau mais elle effectuait en réalité des expériences médicales sur des cobayes humains, principalement des coréens, chinois et russes, dont des femmes et des enfants. Ces experiences comptaient entre autre des vivisections sans anesthésie ou des recherches sur diverses maladies comme la peste, le typhus et le choléra en vue de les utiliser comme armes bactériologiques. Des armes bactériologiques produites par cette unité ont entre autres été utilisées sur ordre de Hirohito contre les Soviétiques en 1939 et contre les Chinois de 1940 à 1945.
À compter de 1936 l'unité déménage à Pingfang en Chine. Les expérimentations s'étendirent aux femmes et aux enfants puis aux prisonniers de guerre américains détenus au camp de Moukden. Les cobayes étaient appelés maruta, ce qui, en japonais signifie billot, bûche ou bille de bois. A leur arrivée on leur attribuait un numéro et ils n’étaient plus considérés comme des êtres humains.
Trois mille personnes ont été sacrifiées à Pingfang. Les cobayes avaient leurs membres qui pourrissaient, des bouts d’os qui pointaient hors des chairs noires de nécrose. D’autres suaient dans une fièvre atroce, se tordant et gémissant de douleur. D’autres avaient le corps gonflé, d’autres étaient squelettiques. Certains étaient couverts de blessures ouvertes ou de cloques. Quand un détenu survivait à une expérience, il était soumis à une autre, jusqu’à ce qu’il finisse par mourir. Deux ou trois mouraient chaque jour. On se livrait à la vivisection de détenus vivants. Certains ont été bouillis vifs, d’autres brûlés au lance-flammes, d’autres congelés, d’autres ont subi des transfusions de sang de cheval ou même d’eau de mer, d’autres ont été électrocutés, tués dans des centrifugeuses géantes, ou soumis à une exposition prolongée aux rayons X. Des détenus ont été complètement déshydratés, c’est-à-dire momifiés vivants. On les desséchait jusqu’à ce qu’ils meurent et ne pèsent plus que un cinquième de leur poids normal. On étudiait également sur eux les effets du cyanure d’hydrogène, d’acétone et de potassium. Certains détenus étaient affamés et privés de sommeil, jusqu’à la mort. D’autres ont été soumis à des expériences de décompression... Au total plus de 10 000 personnes sont morts dans les laboratoires. De leur coté les médecins nazis ont tués environ 1000 personnes dans leurs expérimentations médicales.
Un des cas les plus connus d’expérimentation sur des êtres humains survint au Japon lui-même. Les survivants du crash d'un bombardier B-29 de l'US Air Force le 5 mai 1945 à Kyushu furenc capturés. Le pilote fut envoyé à Tokyo en vue d’être interrogé tandis que les autres survivants étaient dépêchés au département d’anatomie de l’université de Kyushu à Fukuoka où ils furent l’objet de vivisection et tués.
La fin de l'unité 731
Il a fallu attendre l'invasion soviétique de la Mandchourie les 9 et 10 Aout 1945 pour que le commandant de l’armée de Kwantung, prit de panique, ordonne la destruction de l'unité 73. Tous les cobayes ont été tués et six cents travailleurs chinois locaux ont été exécutés à la mitrailleuse. Après avoir effacé les preuves le personnel de Pingfan a été évacué en Corée, au Sud de Séoul. Chacun avait reçu une dose de poison, afin de pouvoir se suicider en cas de capture par les Soviétiques. Dans son départ l'unité 731 a répandu des germes d'anthrax, de cholera ou de peste dans les villages alentours, ce qui provoqua la mort de 400 000 personnes.
Paper clip à la japonaise
En raison d'un pacte conclu en 1946 entre le général Mac Arthur et Hirohito, les officiers de l'unité n'ont pas comparu devant le Tribunal de Tōkyō. En échange les États-Unis ont reçu les résultats des tests menés à l'unité 731. Des membres de l'unité ont toutefois été condamnés par les Soviétiques lors d'un procès tenu à Khabarovsk en 1949. Les participants ont été sommés d'occulter toute mention concernant cette production et les connaissances expérimentales acquises durant l'après-guerre, sorte d'invitation à l'oubli. Cependant, le 11 mars 1948, trente personnes d'autres unités, dont plusieurs médecins comparurent devant un tribunal allié ayant à connaître des crimes de guerre. Les charges relatives au cannibalisme furent abandonnées, mais 23 personnes furent déclarées coupables de vivisection et d’amputations non justifiées. En 1950 le général MacArthur, gouverneur militaire du Japon, réduisit toutes les condamnations. Tous ceux qui avaient été convaincus de vivisection dans le cadre de l’université étaient libres en 1958.
Le mot de la fin
Officielement les Allemands ont tué six millions de Juifs et 20 millions de Russes. Les Japonais ont massacré pas moins de 30 millions de Philippins, Malais, Vietnamiens, Cambodgiens, Indonésiens et Birmans, dont au moins 23 millions étaient ethniquement chinois. Le taux de mortalité pour les prisoniers de guerre aux mains des Japonais approchait les 30% contre 4% chez les aliés (hormis l'URSS).

|